Robert GOUTE - Portrait

Suivi de "Hommage à Robert Goute"

Robert GOUTE (1919-2014)

La passion d'une vie, menée tambour battant.





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Robert GOUTE est connu bien au-delà de nos frontières, tant son action musicale, riche et diversifiée, témoigne de bien des talents.
En de nombreux domaines, il fait figure de pionnier.
À la fois instrumentiste virtuose, compositeur, pédagogue, chef d'orchestre, historien, Robert Goute a marqué de son empreinte l'évolution du tambour, instrument traditionnel, ancré dans la mémoire collective de notre Nation. Par son action, menée tout au long de sa vie, il peut être considéré comme le chantre, et le principal artisan du renouveau apporté à l'instrument. Il fait également figure de pionnier par son implication directe dans la musique de batterie-fanfare, genre unique en France, dont il est un facteur essentiel de l'essor fulgurant qu'a connu ce style de musique, tant dans le milieu professionnel, que dans celui de l'éveil des formations musicales populaires.

Les débuts.

La famille Goute est implantée à Domont, petit village médiéval du Val-d'Oise, depuis la fin du XVIII° Siècle. Non loin de ce bourg, c'est à Saint-Denis que Robert naît le 19 décembre 1919. Chez les Goute, la pratique du tambour est une passion qui se communique de père en fils. À la suite de son grand père, son père, entrepreneur en maçonnerie, et musicien amateur (1) , l'initie, dès l'âge de cinq ans, aux arcanes de l'instrument, en lui insufflant les premiers rudiments de la technique. L'enfant démontre rapidement de réelles dispositions pour «battre la caisse». Sa curiosité d'esprit, associée à un entraînement intensif, est source de progrès fulgurants chez le jeune instrumentiste. Si bien qu'après quelques années seulement, il peut, non sans fierté, figurer sur les rangs de la société musicale locale, que dirige son père.
En 1933, à l'occasion d'un concours individuel, il est remarqué par Gabriel Defrance
(2) , éminent tambour-major de la Musique de la Garde républicaine, qui, après l'avoir écouté avec attention, l'encourage et lui conseille de venir étudier à Paris, afin d'approfondir ses connaissances.
Du haut de ses 14 ans, le jeune Robert enfourche donc sa bicyclette pour se rendre Rue du Petit Musc à Paris, au domicile de G. Defrance, (soit près de 50 kms aller-retour !), où le Maître lui dispense chaque semaine de précieuses leçons. (En fait, les leçons dispensées ne portaient pas sur des conseils techniques, G. Defrance transmettait à son jeune élève le répertoire des anciens et rectifiait oralement selon le style adopté par les tambours de la Garde. Il faut savoir qu'à cette époque, l'enseignement du tambour est dispensé exclusivement par le biais de la tradition orale. Les rares partitions pour tambour se transmettent "sous le manteau", de façon confidentielle, les tambours de la Garde souhaitant conserver ainsi leur notoriété).
Cette rencontre entre le Maître, et son protégé, déterminante pour Robert, influera considérablement sur sa destinée de virtuose.
Il sera frappant de constater, quelques années plus tard, une similitude entre les deux hommes, qui ont en commun une attitude naturelle caractéristique, empreinte d'altruisme et d'élégance... tout comme l'étaient d'ailleurs les tambours-majors du 1er Empire !

Le professionnel.
L'instrumentiste :
Robert Goute est admis sur concours, au pupitre des tambours de la Musique de l'air au mois de décembre 1937, tout juste âgé de 18 ans. Il intègre le 28 février 1938 cette formation musicale toute récemment créée. Dès lors, le capitaine Claude Laty, chef de musique fondateur, lui accorde toute sa confiance.




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La batterie (ensemble constitué d'instruments d'ordonnance) de la Musique de l'air, compte à cette époque 40 instrumentistes (cuivres et tambours) , qui, après incorporation, atteindront dans les délais légaux l'état de sous-officier, à l'identique des musiciens de l'harmonie, faisant de cette phalange, dont le niveau de recrutement était particulièrement élevé, un orchestre de musiciens professionnels de haut niveau (3) .
L'effectif substantiel de la batterie permet d'adjoindre à la formation musicale de type musique militaire, quatre formations complémentaires : clairons seuls / clairons, trompettes et cors / fanfare de trompettes / tambours et fifres. Dès sa création en 1936, la Musique de l'air a été la seule formation à posséder cette formule qui évoluera ensuite vers la constitution de la batterie-fanfare
(4) .


Maurice Bonnard, tambour-major de la formation, confie au jeune Robert Goute, dès l'incorporation de ce dernier, l'instruction du pupitre des tambours.
Robert Goute, tout comme ses camarades, fêtera son vingtième anniversaire dans un contexte dramatique, puisque la France est en guerre... En 1940, la Musique de l'air reçoit l'ordre de se replier en zone libre, à Toulouse-Francazal. Dès lors, le Lieutenant Roger Fayeulle en prend le commandement.
À Toulouse, jusqu'en 1944, la batterie se métamorphose... en chœur d'hommes. Grâce aux arrangements réalisés par Roger Fayeulle, le plus souvent sur des chansons populaires anciennes, cette nouvelle entité participe chaque semaine aux concerts radiodiffusés donnés pas la Musique de l'air, débaptisée au profit de sa nouvelle dénomination : « Musique des œuvres sociales de l'armée de l'air ».


Dès la libération, de retour à Paris, Robert Goute, entreprendra à la tête du pupitre des tambours, un travail considérable qui mènera l'excellente équipe composée de treize instrumentistes, à un niveau technique et musical jamais atteint jusqu'alors.


S'en suivront les enregistrements consacrés - fait historique à l'époque - exclusivement au répertoire du tambour d'ordonnance, qui, largement diffusés (5) , ont contribué dans l'esprit du grand public, a conférer à l'instrument ses lettres de noblesses, tout en assurant la notoriété du pupitre des tambours de la Musique de l'air, au-delà même de notre pays, ainsi qu'à susciter la reconnaissance des professionnels du monde de la percussion (6).
À de nombreuses reprises, Robert Goute tint la caisse claire avec une parfaite assurance, dans les programmes de l'orchestre d'harmonie de la Musique de l'air. Il participa aussi à plusieurs enregistrements divers en studio. En 1963, lors des répétitions du ballet « Notre-Dame de Paris » du compositeur Maurice Jarre (1924 - 2009) et du chorégraphe Pierre Petit, ouvrage qui sera donné à l'Opéra de Paris, Maurice Jarre (percussionniste de formation) fera la connaissance de Robert Goute, ce dernier appelé à la rescousse par Roger Fayeulle, du fait que les instrumentistes de la classe de percussion du Conservatoire, sollicités pour tenir la partie de tambour, n'étaient pas en mesure d'assurer correctement la partition. Robert Goute tint le défi technique assurant ainsi la poursuite des répétitions puis des représentations. Il s'en suivit une amitié complice entre les deux hommes, relation qui se poursuivit bien au delà de l'exil volontaire du compositeur vers les États-Unis (7).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le tambour-major et chef de formation :

Au départ de Maurice Bonnard, en 1953, Robert Goute, rompu à l'exercice du commandement, lui succède comme tambour-major. L'intéressé démontre aussitôt une réelle aisance au maniement de la canne, «instrument» sine qua non associé à la fonction de tambour-major. Lors des défilés, à la tête de la Musique de l'air, Robert Goute, de par la parfaite maîtrise des mouvements de commandements et de la technique du lancer de canne, associées à sa prestance naturelle, donne à son art une dimension à part entière, tout à fait dans la lignée de G. Defrance, suscitant ainsi l'admiration d'un grand nombre.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'influence du commandant Robert Clérisse, nouveau chef de la Musique de l'air, auprès des conservatoires de musique, permet d'accroître le niveau de recrutement. Ainsi, la batterie bénéficie-t-elle désormais d'un mode de sélection exceptionnelle qui lui permet le recrutement d'éléments de valeur.
Grâce à la qualité des instrumentistes et à la distinction de sa présentation, la «batterie-fanfare» poursuit l’œuvre entreprise par Maurice Bonnard, et consolide sa réputation.
Le 1er août 1956, le sous-lieutenant Jacques Devogel prend ses fonctions de chef adjoint de la Musique de l'air. Surpris de découvrir pas moins de vingt-sept prix de Conservatoire au sein de la batterie
(8), il pressent qu'il peut tirer le meilleur parti des qualités musicales des instrumentistes et faire évoluer radicalement le répertoire consacré aux instruments d'ordonnance. Les recherches débouchent rapidement sur la création d'un répertoire d’œuvres variées, tournant radicalement le dos aux marches traditionnelles au caractère martial, exécutées jusqu'à alors par la batterie. La batterie-fanfare moderne était née.


Ce répertoire résolument nouveau, qui s'oriente alors sur la musique légère, emprunte le plus souvent ses rythmes à ceux des variétés de l'époque : paso-doble, jerk, cha-cha-cha, boléro, charleston, etc. La batterie-fanfare de la Musique de l'air qui se produit désormais en concert en parfaite autonomie, surprend, et suscite un engouement réel de par son dynamisme et sa modernité. Robert Goute qui a mesuré rapidement l'impact du style «nouvelle vague» sur le public, sollicite d'autres compositeurs de renom, afin d'étoffer le répertoire de ce genre nouveau. Ainsi, chronologiquement, Guy Luypaerts, compositeur à succès, ancien camarade de la Musique de l'air en 1937, Laurent Delbecq, et le capitaine Roger Fayeulle (à présent chef de la Musique de la 2ème Région aérienne et chef de la Musique de scène de l'Opéra de Paris), répondent à la requête, chacun dans un style personnel propre, aux réelles qualités artistiques. Ainsi, très rapidement, un imposant répertoire prend naissance.
Le succès est immédiat.

Au même titre que la Patrouille de France, la Batterie-Fanfare de la Musique de l'air vole de succès en succès, acquière une renommée sans précédent, et confère à la Musique de l'air et à l'armée de l'air toute entière, une image moderne, dynamique, alliée à une très haute virtuosité.
La batterie-fanfare de l'air devient l'archétype du genre. Elle entraîne dans son sillage de très nombreuses formations civiles disséminées dans toute la France.
Propagé dans un premier temps par de nombreux enregistrements sur microsillons 45T, largement diffusés
(9), le répertoire novateur, suffisamment éclectique, est apprécié et adopté par les formations civiles qui s'identifient alors à la formation «pilote». À la direction de la batterie-fanfare, Robert Goute, signe ensuite plusieurs enregistrements 33T qui démontrent l'excellence de sa formation, dont le modèle est désormais copié par d'autres formations musicales professionnelles (10).
Les enregistrements sont réalisés par la formation complète, soit 42 musiciens, répartis comme suit :


·    12 trompettes d'ordonnance mib ;
·    9 clairons d'ordonnance sib ;
·    7 cors de chasse mib ;
·    4 trompettes-basses mib ;
·    2 clairons-basses sib ;
·    3 contrebasses sib
·    5 percussions.

 

Signalons ici quelques titres enregistrés, aux qualités musicales indéniables d'interprétation (sens du phrasé, justesse irréprochable, tempo giusto) inégalées à ce jour :
 Boléro Militaire (Jacques Devogel) ; Galopade (Jacques Devogel) ; Bugle Riff (Guy Luypaerts) ; Porto-Rico (Guy Luypaerts) ; Scherzo Drolatic (Laurent Delbecq) ; Mirage  (Roger Fayeulle) ; Les Tatars (Roger Fayeulle) ; Le Joyeux Tambour  (J. Devogel/R. Goute) etc.


Il convient de préciser, que pour obtenir de tels résultats, les séances d'enregistrements étaient soigneusement préparées, et le programme parfaitement rodé. Aucun élément n'étant laissé au hasard. Il est à déplorer que ces dispositions de travail qui paraissent naturelles, n'ont pas toujours été adoptées par la suite par certaines formations professionnelles du même type, qui ont laissé des témoignages pas toujours défendables sur le plan musical, et qui ont de ce fait, malencontreusement plutôt desservi le genre.
Robert Goute a dépassé sa fonction première de tambour-major et s'est affirmé comme un chef de formation musicale à part entière. Son sens du phrasé mélodique, son souci constant de musicalité, sont d'autant plus surprenants dès lors que l'on considère sa formation musicale initiale basée sur l'apprentissage de la seule percussion. De par sa totale polyvalence, il a ainsi ouvert la voie aux tambours-majors des armées qui ont pu entrevoir ainsi une complémentarité à leur fonction première. Mais peux d'entre-eux, au sein de l'institution au sens large, ont pu démontrer de telles capacités. Le «modèle» a été copié, mais très rarement égalé.


En guise de conclusion sur la carrière de tambour-major, menée par Robert Goute, citons le capitaine Paul Liesenfelt, chef de la Musique de l'air :
«à M. Robert Goute, tambour-major de la Musique de l'air, en souvenir des belles années de parfaite collaboration au cours desquelles, en de nombreuses circonstances, ensemble, nous avons fait «flotter le Drapeau», à l'instrumentiste distingué qui très souvent, a pris place - et, chaque fois avec bonheur - au pupitre de percussion de l'orchestre précité. Au chef qui commande avec fermeté mais avec intelligence, qui a le sens de l'humain, sans être démagogue... Au chef qui sait «servir». À ce tambour-major modèle et plein de dignité. Mes sentiments de fidèle et profonde sympathie».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

À sa demande, après avoir servi à la Musique de l'air sous le commandement de cinq chefs de musique successifs, Robert Goute fait valoir ses droits à pension, et quitte le service actif le 1er mars 1970, après plus de 31 années passées sous l'uniforme de l'armée de l'air.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

Le compositeur.
Œuvres pour tambour :

Dès 1943, Robert Goute a contribué à renouveler le répertoire consacré aux compostions pour tambour seul ou groupe de tambours.
Son écriture, qui traduit sa vision personnelle de la technique moderne du tambour, notamment par l'étude détaillée du roulement, prend toute sa proportion dans un catalogue considérable, où la conjugaison d'une virtuosité jamais gratuite associée à la recherche constante d'effets, a donné naissance à des oeuvres magistrales dont le niveau technique n'avait jusqu'alors, jamais été envisagé.

En 1948, faisant figure de novateur, il présente une méthode-recueil, fruit de l'expérimentation de ses recherches.
La plupart de ses œuvres sont regroupées dans plusieurs recueils, qui constituent le matériel pédagogique de base dédié à l'instrument. Ainsi la plupart d'entres-elles sont-elles devenues désormais des «classiques» du répertoire : Réflexes ; Self Control ; Fantaisie Percutante ; Dualité ; Marches Roulées ; Réveil des Ailes Françaises ; Rigaudon Imaginaire etc.
La diffusion des ouvrages de Robert Goute a largement favorisé la percée de l'école française du tambour à travers le monde. Pour ne présenter qu'un seul exemple des plus significatifs, il convient de signaler que la plupart des diverses méthodes et recueils de l'auteur ont été adoptés en Suisse, en Hollande, au Canada, ainsi que dans plusieurs universités de nombreux États américains
(11).



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Œuvres pour orchestre
On connait le formidable outil dont disposait Robert Goute à la Musique de l'air. Robert Goute mis très tôt son expérience à profit, en participant à l'enrichissement du répertoire. Nous pouvons distinguer deux types de compositions, différentes quant à leur destination. Tout d'abord plusieurs fantaisies composées à l'intention de la Batterie-Fanfare de l'air, compositions de musique légère, de très belle facture. Le second registre exploité par Robert Goute, est celui dont la vocation a été d'apporter aux sociétés musicales populaires, en pleine essor de renouveau, un répertoire "pratique", composé d’œuvres relativement simples, mais à l'effet assuré. Ainsi naîtra un vaste répertoire, aussitôt adopté par l'ensemble des sociétés. Ce répertoire sortant des sentiers battus, était destiné avant tout à apporter une dimension pédagogique, notamment par l'acquisition des éléments de base du solfège, à des formations musicales, qui, à l'époque, étaient constituées principalement d'instrumentistes jouant "à l'oreille".

Il est à noter également, que la plupart des compositeurs de la "nouvelle vague" se sont investis très rapidement dans la création d'un répertoire moderne, adapté à tous les niveaux, du plus facile pour les amateurs, au plus difficile pour les professionnels. Très rapidement, d'excellentes sociétés musicales civiles, sont parvenues à adopter le répertoire des formations professionnelles en s'attachant à la formation individuelle d'instrumentistes de tous âges. On le comprend aisément : l'émulation et l'engouement furent les déclencheurs de l'essor fulgurant du genre ainsi que du renouveau de nombreuses sociétés musicales particulièrement volontaires.
 

La renommé de "Maître-Tambour" (12) conférée à Robert Goute par ses pairs a conduit à de nombreuses sollicitations dont il a fait l'objet. Ainsi de nombreux compositeurs ont fait appel à lui pour des conseils techniques ou pour la composition des parties de percussion, à commencer par les "pionniers" : Jacques Devogel, Guy Luypaerts, Laurent Delbecq, Roger Fayeulle, Robert Clérisse, suivis par bien d'autres, au fil du temps.
Ce type d'association a été à l'origine d'un vaste répertoire s'inscrivant dans l'essor du genre, dus aux tandems "Devogel-Goute" (citons pour exemple le talentueux "Trois jeunes tambours" , "Delbecq-Goute" etc...



 

Le compositeur

Dès les années 50 Robert Goute prend une part active dans la diffusion et la vulgarisation d'ouvrages théoriques et pratiques, qu'il conçoit, et qui serviront utilement les milieux professionnels et amateurs confondus.
En 1956, il publie le premier volume de la méthode " Le tambour d'ordonnance " sa pratique , son enseignement , première méthode du genre résolument moderne et innovante quant à la façon d'approcher l'instrument associée à celle de transcrire la ligne rythmique. Cette méthode s'accompagnait d'un disque illustrant les différents exercices techniques proposés, concept préfigurant ainsi les futurs ouvrages pédagogiques alliant les procédés de diffusion audiovisuelle.
Suivront le volume 2, puis le volume 3 (paru en 1974). Ce troisième opus sera le premier ouvrage présenté sur le marché français, incluant un vaste éventail du répertoire existant dédié au tambour d'ordonnance, enrichi d'un répertoire unique issu de nombreuses écoles étrangères. Ce volume incluait 25 compositions dues à Robert Goute ainsi que plusieurs œuvres issues du catalogue de divers compositeurs contemporains.

 

La diffusion en particulier de ce volume, particulièrement riche et conséquent, favorisa indéniablement l'aura de l'école française du tambour à travers le monde et devint l'outil pédagogique incontournable de l'instrument.
Dans le même esprit de présentation de nouvelles compositions, un supplément du volume trois est venu depuis compléter l'ouvrage, avec un ajout de 130 pièces techniques nouvelles, dues en partie à la jeune génération d'instrumentistes.

À l'instar de son mentor Gabriel Defrance, lui même fortement impliqué au sein de la pratique musicale populaire (13) , Robert Goute s'est profondément investi toute sa carrière durant, et même bien au-delà, dans son rôle de formateur et de pédagogue (14).
À partir des années 60, et ce pendant plusieurs décennies, Robert Goute sillonna la France, à la demande des diverses fédérations musicales, afin d'animer des stages de formation dont la durée pouvait varier de quelques jours à deux semaines. À cette époque l'enseignement des instruments traditionnels est l'apanage des fédérations, les écoles de musique étant bien moins nombreuses qu'aujourd'hui. Ainsi plusieurs centaines d'instrumentistes issus des formations musicales populaires, ont-ils pu bénéficier de l'enseignement de musiciens professionnels de haut niveau (15). De ce fait, la symbiose entre le milieu musical amateur et professionnel a été parfaitement réussie.

Il est à souligner que l'aura dont était entourée Robert Goute, associée à son charisme, sa passion, sa pédagogie et son "rayonnement" pour reprendre l'un des mots-clé de son discours, contribua à susciter un grand nombre de vocations chez de jeunes instrumentistes qui envisagèrent avec succès d'ailleurs, des carrières de musicien professionnel, dans le secteur civil ou militaire.


En 1980, Robert Goute est l'un des membres fondateurs de la Confédération Française des Batteries-Fanfares (C.F.B.F.) (16). C'est également au début des années 80, qu'il fonde à Paris "l’École Française du Tambour", institution qui dispense des cours d'instrument ainsi qu'un cours par correspondance sur cassettes audio.


Fêtes du Bicentenaire de la Révolution Française.

En 1986, M. Edgar Faure, président du comité d'organisation des Fêtes du Bicentenaire de la Révolution Française, en concertation avec le Premier Ministre, M. Jacques Chirac souhaite un défilé gigantesque de 2000 tambours sur les Champs-Élysées. Robert Goute est approché afin de piloter l'organisation du défilé, à l'intérieur du spectacle programmé par le chorégraphe Jean-Paul Goude. À la disparition d'Edgard Faure, Jean-Noël Jeanneney ainsi que le Ministre de la Culture et des Grands Travaux du Bicentenaire, M. Jack Lang, souscrivent au projet. Jean-Paul Goude, rencontre Robert Goute, qui grâce à son "réseau" permet de relever le défi de ce spectacle mobile du 14 juillet 1989. Robert Goute compose le programme de la partie "tambour" en concordance avec son ami Wally Badarou, en charge de la partie des instruments à sons multiples.
À l'issue du succès retentissant de cet évènement mondial, fort de l'enthousiasme généré, Jack Lang évoque la nécessité de regrouper en une fédération, l'ensemble des tambours français, instrument traditionnel associée à l'identité nationale. Ainsi naîtra en 1990, la "Fédération Internationale de l’École Française du Tambour" dite "Les Tambours de 89 ". Robert Goute en sera l'âme ouvrière, Président, puis le Président d'honneur.



L'historien.

La passion pour les écrits est profondément ancrée chez cet homme cultivé. Robert Goute n'hésite pas pour prendre la plume dès lors qu'il s'agit de faire partager son savoir et ses sentiments. Il est l'auteur de quantité d'articles pédagogiques ou historiques. Pendant de nombreuses années, il a officié en qualité de rédacteur de revues musicales, organes officiels de diverses associations (C.F.B.F. - Tambours de 89).
Concernant l'histoire et l'évolution du tambour en France, ses écrits font autorité. Le commandement de la Garde républicaine ne s'y est pas trompé en faisant appel à lui pour la rédaction de l'ouvrage collectif commémorant les " 150 années de musique à la Garde républicaine ". De même que sa carrière professionnelle, débutée dès les prémices de la Musique de l'air, ainsi que la réelle passion qu'il éprouve pour cette unité, en font également un témoin privilégié de l'histoire et de l'évolution de cette formation musicale.

 

 



L'Homme.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 




 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

NOTES :



(1) Le père de Robert, Léon Goute sera le fondateur, à Domont, de la société musicale « Les Bleuets ». La passion de battre la caisse se transmet effectivement de père en fils : Le grand-père Toussaint Goute (1856 - 1898) fur le professeur hautement qualifié de ses trois fils : Alexandre (1881 - 1939), Émile (1883 - 1918) et Léon (1898 - 1956). Pendant cinq générations, les Goute sont maçons de profession et conjointement s'illustrent en tant que pompiers bénévoles au sein de la commune de Domont.


(2) Gabriel Defrance (1875-1952) tambour, puis tambour-major de la Musique de la Garde républicaine. Homme de haute stature, d'une élégance rare, particulièrement rayonnant, emblématique tambour-major de la Garde et « coqueluche » du public parisien, dont la notoriété dépassait nos frontières. Selon Robert Goute, aucun tambour-major autre que lui n'a autant marqué son passage à la Garde. Robert Goute ne connu pas son grand-père paternel, décédé de façon accidentelle. Robert Goute considéra Gabriel Defrance, au même titre que son grand-père d'adoption.
 

(3) Plusieurs artistes de talent firent des passages plus ou moins longs au sein de la Musique de l'air. La liste de ces brillants instrumentistes serait très longue à dresser. Parmi les figures les plus illustres, citons cependant trois compositeurs à la personnalité différente, qui eurent l'occasion de se côtoyer : MM. Guy Luypaerts, Désiré Dondeyne et Henri Dutilleux.
 

(4) L'appellation « batterie-fanfare » provient de la Musique de la Garde républicaine. Dans les années 1910, à l'initiative de Gabriel Defrance, la batterie composée de tambours et clairons, se dotait pour certaines occasions d'instruments additionnels : clairon-basse ; clairon à deux pistons ; clairon-basse à deux pistons ; clairon-contre-basse à deux pistons. Composée sur le modèle de la fanfare de saxhorns, cette nouvelle formule, destinée le plus souvent à l'animation de concerts, donnés par la batterie, prit l'appellation de « batterie-fanfare ». Defrance constitua alors pour cette formation type un répertoire entièrement inédit. Dans les années 1950, cette formulation demeura mais ne concerna alors qu'un ensemble musical constitué essentiellement d'instruments d'ordonnance ou à sons naturels : clairons d'ordonnance ; trompette d'ordonnance ; cor de chasse ; clairon-basse ; trompette-basse, hormis le saxhorn contrebasse si bémol et la percussion traditionnelle : caisse claire ; tambour ; batterie ; timbales.


(5) La firme lyonnaise TEPPAZ a été la première société à s'intéresser au pupitre des tambours. L'arrivée de la stéréophonie permit d'enregistrer des microsillons où furent gravés des œuvres particulièrement bien adaptées comme « Duo », composition pour deux tambours, permettant une balance entre la sonorité du tambour associée à celle du tambour sans timbre.

(6) Assistant à un concert commun donné en l'Hôtel National des Invalides à Paris par le pupitre de tambours de la Musique de l'air et une musique militaire en provenance des États-Unis, Félix Passeronne , professeur de percussions au Conservatoire de Paris, s'émerveillera de l'homogénéité et de la précision du pupitre des tambours. La conception d'une méthode de tambour commune entre F. Passeronne et R. Goute fut même envisagée entre les deux spécialistes.
Dans le même esprit, signalons une visite de démonstration réalisée par un quatuor de tambours de la Musique de l'air, conduit par Robert Goute, au domicile de Mme Yvonne Desportes (1907 - 1993), Premier Grand Prix de Rome de composition (1932), professeur au Conservatoire, qui reçu louanges et admiration de la part du compositeur féminin ,musicienne de talent dont le catalogue des oeuvres destinées aux instruments de percussions est particulièrement abondant.

(7) Pour l'anecdote : Oubliant parfois le décalage horaire établi entre Los Angeles et Paris, il arrivait à Maurice Jarre , compositeur aux trois oscars, de téléphoner au domicile de Robert Goute au beau milieu de la nuit...

(8) A noter, parmi ces virtuoses M. Robert Bouché au pupitre des clairons (futur 1er Prix de trompette du concours de Genève, puis trompette-solo de l'Orchestre de l'Opéra de Paris), ainsi que M . René Caron , (futur cornet-solo des Orchestres de la Garde républicaine).

(9) Le nombre d'enregistrements réalisés par la batterie-fanfare de l'air, diffusés principalement par les firmes Unidisc et Decca est impressionnant. La plupart de ces disques « vinyle » ont sillonnés le monde : il suffit aujourd'hui de faire un rapide tour sur un moteur de recherche, pour s'en convaincre.

(10) Chronologiquement : Musique des Gardiens de la Paix de Paris, Musique de la Police Nationale, Musique Principale des Troupes de Marine (aujourd'hui Musique Principale de l'armée de terre), Musiques des 1ère/2èmes/3ème et 4ème Régions Aériennes, Musique de la Gendarmerie Mobile, Musique de la Garde républicaine etc...

(11) A noter l'action entreprise par l'américain Irving Bloch , professeur à l'Université d'Omaha (Nebraska) qui dès 1945 entra en contact avec Robert Goute, facilita l'enregistrement et la protection de ses oeuvres aux USA, et l'invita au sein de l'association « National Association of Rudimental Drummers). Irving Bloch et son ami Arthur Nelson, très attachés à la technique de l'école française du tambour, se rendirent plusieurs fois en France, notamment au domicile de Robert Goute, afin de s'initier à la technique spécifiquement française du "coulé".

(12) Le compositeur et chef d'orchestre Désiré Dondeyne , condisciple de Robert Goute à la Musique de l'air dans les premières heures (il occupait alors le poste de clarinette-solo), surnomme ce dernier, non sans affection "le champion du monde du tambour".

(13) Gabriel Defrance a été à l'origine de l'Union des Fanfares de France. Il devait, quelques années plus tard, créer au sein de la Fédération Gymnique et Sportive des Patronages de France, une commission "musique" chargée d'établir des programmes constructifs destinés aux sociétés musicales populaires, liés aux concours individuels et collectifs.

(14) La production d'ouvrages pédagogiques ne s'arrête pas là, on doit à Robert Goute plusieurs publications : Cahier de lectures rythmiques, "Guide pratique le l'instruction", Recueil des Batteries de la Garde Impériale, Initiation au solfège rythmique, Vol 1 & 2, Recueil d'évolutions, Études pour le maniement de la canne de Tambour-Major etc....
Robert Goute a occupé les fonctions de président de la commission musique de la Fédération Sportive et Culturelle de France (F.S.C.F.) de 1948 à 1978. L'action de la F.S.C.F. menée auprès des sociétés musicales populaires a été remarquable et particulièrement constructive. La formation individuelle des instrumentistes, par le biais de programmes pédagogiques adaptés et des concours individuels, se poursuivait par la formation des chefs de pupitre et répétiteurs qualifiés, dont le rôle était d'encadrer à leur tour, voire de diriger les formations musicales du monde amateur. En parallèle, la mise en place de concours d'ensemble avec un programme musical renouvelé chaque année, permit de favoriser l'éveil puis le développement technique et artistique de nombreuses sociétés musicales. Directement impliqué au sein de ce processus, pendant 30 années, Robert Goute a été l'un des maillons essentiels à la réussite de ce programme pédagogique.

(15) L'équipe pédagogique itinérante, rassemblée autour de Robert Goute, baptisée "Les trois mousquetaires", puis "La squadra", comprenait plusieurs artistes : Pierre Bréard (Tambour-Major de la Musique des Gardiens de la Paix), Bernard Jusserand, et Marcel Poirrier . Il serait vain de comptabiliser le nombre de stages, rencontres, journées d'éveil, week-end de formation, concours individuels et concours d'ensemble auxquels participait cette équipe, toute ou partie, ce pendant plusieurs décennies, avec toujours le même dynamisme.

(16) Pour des raisons personnelles, Robert Goute refusa la présidence de la nouvelle association et proposa à l'Assemblée d'élire M. Jacques Devogel, ex-chef de la Musique de l'air, directeur du Conservatoire de musique de Montrouge.


Quelques enregistrements de la Batterie-Fanfare de l'Air, direction : Robert GOUTE :


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

© 2008. Jean-Louis COUTURIER - Photographies : Collection Jean-Louis COUTURIER - Tous droits réservés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Contexte historique
Issu d’une famille d’artisans implantés dans le Val d’Oise, Robert Goute est initié par son père, dès son plus jeune âge, à  « battre la caisse », conformément à la tradition familiale qui se transmet de père en fils. Très tôt, le jeune garçon montre des dispositions étonnantes pour la pratique du tambour. Il peut ainsi intégrer rapidement la formation musicale des Sapeurs-Pompiers de Domont, que dirige son Papa. Remarqué par Gabriel Defrance (1878-1952), emblématique tambour-major de la Musique de la Garde républicaine, il a le privilège d’être invité à suivre l’enseignement dispensé par ce dernier. En effet, à cette époque, les tambours de la Garde sont les détenteurs d’une tradition  « historique », apanage d’une certaine virtuosité technique, jalousement conservée. Les partitions spécifiques sont plutôt rares.  Au cours des siècles précédents, la tradition orale a longtemps  prévalu en matière d’enseignement du tambour. En dépit de quelques ouvrages sommaires parus au XIX° siècle, il n’existait pas de véritables traités dédiés à l’apprentissage du tambour, et les contours même de l’écriture instrumentale restaient mal définis. Les partitions relatives au répertoire historique étaient quasi inexistantes (1), ceci  est d’ailleurs paradoxal si l’on considère que le tambour est l’un des instruments les plus anciens en usage aux armées. L’une des premières  méthodes détaillant la technique particulière du tambour vit le jour dans le giron même de la Garde,  sous l’autorité d’Alexandre Raynaud (1876-1959), instrumentiste de grande valeur, chef-tambour de cette phalange musicale. Ainsi, d’emblée, le jeune Robert fut instruit dans la pure tradition de l’École française du tambour d’ordonnance, lignée dans laquelle il s’inscrivit pleinement.

Un virtuose d’exception
Robert Goute aurait certainement entrepris une carrière à la Musique de la Garde, s’il n’avait pas répondu présent à la campagne de recrutement lancée par la capitaine Claude Laty, chef de la Musique de l’air, formation toute récemment créée à la suite de la prise d’identité de cette nouvelle armée. Si bien qu’il s’engage dans l’armée de l’air, au mois de décembre 1937, après réussite au concours d’instrumentiste, alors qu’il est tout juste âgé de 18 ans.
Jeune virtuose, il est intégré à la batterie d’ordonnance, au pupitre des tambours, où il confirme ses excellentes dispositions, valorisées par un travail acharné. Le tambour-major Maurice Bonnard confie au sergent Goute l’instruction du pupitre dont il devient le leader naturel. Robert Goute s’applique à instruire efficacement ce pupitre pour lequel il compose des exercices, puis des pièces spécifiques, telles les « Marches de l’air », destinées aux exercices en ordre serré et défilés, qui seront adoptées en 1948. Animé d’un sens naturel pour les responsabilités, il est nommé tambour-major adjoint, puis tambour-major (1950) de la Musique de l’air, au départ de Maurice Bonnard.


Redoutable perfectionniste, d’une précision extrême, Robert Goute amena le pupitre des tambours de la Musique de l’air (composé de 12 instrumentistes) à un niveau d’une rare virtuosité, unanimement reconnue, en termes d’uniformité, de synchronisation et de musicalité.
Au début des années 1960, en plein essor du microsillon, conduit par son mentor, le pupitre des tambours de la Musique de l’air, réalise deux enregistrements (un 45T, puis un 33T) sous le titre « Répertoire du tambour français ».

Pour la première fois en France, un enregistrement était consacré exclusivement au tambour d’ordonnance, avec la mise en valeur d’un répertoire composé de pièces historiques et contemporaines. Ces deux enregistrements obtinrent un succès considérable et furent largement exploités par le cinéma, la télévision et la radio.
Parmi les pièces contemporaines, Robert Goute présenta tout un panel de compositions nouvelles de son cru, illustrant les subtilités de la technique française du tambour d’ordonnance.


Ces œuvres magistrales démontrèrent l’exceptionnelle richesse des possibilités du tambour militaire, et suscitèrent un regard nouveau sur la manière de considérer l’instrument. Parmi ces compositions citons celles incontournables, aujourd’hui entrées dans le répertoire usuel : « Réveil des Ailes Françaises », « Rigaudon Artistique », « Réflexes », « Self Control », « Fantaisie Percutante », « Marches Roulées », etc.


Dirigé de mains de maître, l’exceptionnelle virtuosité de cet ensemble, sans équivalent, conféra rapidement une importante notoriété à ce pupitre représentatif à lui seul de la technique française, et indissociable de la Musique de l’air.

L’enseignement
Particulièrement attaché à la transmission du savoir, Robert Goute publia, en 1956, le premier volume de sa méthode « Le tambour d’ordonnance, sa pratique, son enseignement », qui s’avéra le premier ouvrage traitant de la technique moderne. Effectivement,  il revient à l’auteur d’avoir présenté une nouvelle façon d’écrire une partition dédiée au tambour, notamment par le recours à une seule ligne en remplacement de la portée usuelle, inappropriée (2), d’avoir proposé un doigté (main droite ou gauche) pour chaque figure rythmique, et d’avoir quantifié avec une extrême précision le débit du roulement standard, affecté aux différents tempi. Cet ouvrage, déjà particulièrement novateur par son contenu, était agrémenté d’un disque 30 cm, assurant la  démonstration par l’exemple. Deux autres volumes suivront. Ils traiteront à la fois de la technique et du répertoire français et étranger. Robert Goute avait en effet sollicité les principales ambassades représentées à Paris, afin d’obtenir des partitions significatives.  La plupart des Nations adressèrent alors un exemple représentatif de leur répertoire national. Ainsi le volume 3 du « Tambour d’ordonnance » se révéla rapidement comme l’ouvrage de référence, présentant un vaste répertoire de compositions jusqu’alors inconnues

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Il n’est pas vain d’affirmer  qu’en France Robert Goute contribua à donner au tambour d’ordonnance ses véritables lettres de noblesse. La diffusion de ses nombreuses méthodes instrumentales lui conféra une renommée internationale. (Plusieurs universités américaines adoptèrent les ouvrages d’enseignement, notamment pour l’instruction des élèves du « marching-band » local).


Robert Goute contribua particulièrement à la notoriété de l’École française du tambour, tissant tout au long de son existence des liens étroits avec de nombreux correspondants, issus notamment de Suisse, des États-Unis et du Canada, qui se montrèrent soucieux d’acquérir les préceptes propres à la technique française.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Tambour-Major
Doté d’une prestance naturelle et d’un charisme affirmé, Robert Goute excella bien sûr dans sa fonction de tambour-major lors des cérémonies, mission dans laquelle il s’investit tout particulièrement, devenant, grâce à la précision de sa gestuelle et de sa parfaite maîtrise du maniement de la canne, le modèle du genre. Le fruit de son expérience fut à l’origine de la rédaction du « Manuel du tambour-major », publié en 1962,  premier ouvrage didactique traitant de cette discipline, qui sera adopté par l’ensemble de la profession.
Dès 1956, à la direction de la batterie-fanfare de la Musique de l’air Robert Goute révéla l’ensemble de ses qualités artistiques. Travailleur acharné, Robert Goute éleva cet ensemble – tout comme il l’avait fait pour le pupitre des tambours – à un très haut niveau artistique, apprécié et reconnu. Musicien confirmé, il transgressa sa fonction de tambour-major et s’affirma d’emblée comme un véritable chef d’ensemble musical. Complice du capitaine Jacques Devogel  (1926-1995), chef-adjoint de la Musique de l’air, créateur du répertoire moderne de la batterie-fanfare, Robert Goute participa activement à l’éclosion de ce genre nouveau et inattendu. Sous sa direction experte, la « BF » de l’air devint rapidement l’archétype du genre. Largement diffusé par plusieurs séries d’enregistrements discographiques, le modèle « air » fut adopté aussi bien par les formations musicales des autres armées que par les sociétés musicales civiles. Robert Goute sollicita de nouveaux compositeurs, de sensibilités différentes, afin d’étoffer le répertoire de la batterie-fanfare (3). Cette heureuse initiative concourra à conforter la pérennité du genre, et de répondre aux exigences du public.
De par ses qualités humaines et professionnelles, Robert Goute acquit la confiance et le respect des chefs successifs de la Musique de l’air : Claude Laty (1936), Roger Fayeulle (1940), Robert Clérisse (1942), Paul Liessenfelt  (1955), Jean-Gallet (1962), Jacques Devogel (1970). Technicien hors pair, ses avis et conseils furent recherchés par des personnalités musicales aussi diverses que Guy Luypaerts, Henri Dutilleux, Maurice Jarre et  bien d’autres, avec qui il collabora de façon régulière.
L’adjudant-chef Robert Goute quitta le service actif le 1er mars 1970, à sa demande, après 31 ans de service.

 

 

 



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un rayonnement exemplaire
Pleinement investi en parallèle à son activité professionnelle, au sein de la pratique musicale en milieu amateur, Robert Goute qui tenait son métier et sa fonction en haute estime, rayonnait particulièrement dans sa mission de formateur, arpentant les régions de France, à l’invitation de toutes les fédérations. Il consacra ainsi la deuxième partie de sa carrière à l’enseignement, dispensé le plus souvent par le biais de sessions de formation. Aussi, pour beaucoup de jeunes instrumentistes, il fit briller l’étincelle en suscitant de nombreuses vocations, orientées vers la profession de musicien militaire.
Artiste de valeur, éminemment tourné vers la jeunesse, Robert Goute fut en 1980 à l’origine de la création de la Confédération Française des Batteries-Fanfares, dont il fut le président d’honneur. En 1989, à la demande de Jean-Noël Jeanneney, responsable des manifestations liées aux commémorations du bicentenaire de la Révolution Française, Robert Goute est chargé d’assurer la coordination des 1000 tambours lors d’ un gigantesque défilé imaginé par Jean-Paul Goude. Fort de ce succès international, Robert Goute créera l’Association « Les Tambours de 89 », destinée à promouvoir l’École française du tambour d’ordonnance.

Robert Goute était titulaire de la Médaille militaire ;
Chevalier de l’Ordre National du Mérite (décoration remise le 19 janvier 2000 par le chef d’état-major de l’armée de l’air) ;
Chevalier dans l’Ordre des Arts et Lettres ;
Médaille d’or de la Jeunesse et des Sports.

Robert Goute avait été reçu en 2012 par le général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’air. Lors de cet entretien Robert Goute avait remis au CEMAA une paire de « baguettes d’honneur », à titre de reconnaissance envers l’armée de l’air, à laquelle il était très attaché.

Robert Goute disparaît à l’âge de 95 ans alors qu’en cette année 2014, l’armée de l’air commémorait le 80ème anniversaire de sa création.

Nous garderons de Robert Goute l’image d’un homme droit, cultivé et éduqué, d’une grande prestance, associée à celle d’un musicien accompli, tout dévoué à son art. Robert Goute a eu l’immense mérite de faire partager le fruit de son savoir et de son expérience au plus grand nombre, notamment par le biais de la diffusion d’ouvrages désormais incontournables. Véritable pédagogue, toujours disponible et à l’écoute, il a su être un conseiller avisé, d’une grande modestie.

Que le mot « tambour » ou « tambour-major » soit aujourd’hui, dans l’esprit du public, directement associé à son nom, démontre bien à quel point son action a été bénéfique.

major sous-chef de musique
Jean-Louis Couturier

 

 


NOTES :
(1)Peu d’exemples consacrés au répertoire du tambour nous sont parvenus, hormis la trame servant de support rythmique aux différentes marches composées par Jean-Baptiste Lully (1632-1687). Ce constat prévaut également pour la période consacrée au Ier  Empire. En effet, il semblerait que les reconstitutions postérieures des « célèbres » marches de l’Empire ou « Batteries d’Austerlitz » ne reposent sur aucun document connu ou parvenu jusqu'à nous.

(2) Au préalable, Robert Goute avait présenté l’idée à Madame Yvonne Desportes (1907-1993), 1ER Grand Prix de Rome de composition (1932), professeur de solfège au Conservatoire de Paris. Passionnée par le domaine des percussions, ce  compositeur émérite avait montré son intérêt pour le sujet, en adoptant, elle-aussi, la portée à une seule ligne.

(3) Issus du milieu « air », les principaux compositeurs sollicités contribuèrent à élaborer un répertoire suffisamment éclectique. Ainsi, Roger Fayeulle (1913-1979), ex-chef de la Musique de l’air, puis chef de la musique de scène à l’Opéra de Paris présenta de nombreuses œuvres classiques. De son côté  Guy Luypaerts, qui avait été instrumentiste à la Musique de l’air peu avant de devenir l’accompagnateur de Charles Trenet et d’Édith Piaf, contribua à développer un large répertoire se rapprochant du jazz ou de la variété.

(4) Nanti d'un 1
ER Grand Prix de Rome de composition (1938), Henri Dutilleux (1916-2013) s’engagea pour servir au sein de la Musique de l’air de 1939 à 1942.
 

Crédit photographique : Collection Jean-Louis Couturier.






 

1938 - Domont

devant la maison familiale.

1939 - Jeune sous-officier.

"Le bastion" Musique de l'air - Paris

1941 - (Lourdes)

 

"Tambour de France, baguettes du monde" (Collection Robert Goute).

Ce tambour présente la particularité de comporter un fût de forme "diabolo", en opposition au fût cylindrique classique. Ce modèle, qui ne se trouve nulle part, a été fabriqué en deux exemplaires, au début du 20ème siècle, par un habile artisan resté inconnu. Il fut proposé aux frères Alexandre et Émile Goute, experts tambours et sapeurs-pompiers bénévoles. Les cercles de ces deux tambours ornementés d'un filet blanc en arabesque, enlaçant alternativement une grenade et deux haches de sapeur entrecroisées notifient on ne peut mieux le cadre pour lequel ils étaient destinés.

Robert Goute , à la tête de la Musique de l'air - Paris, 14 juillet 1966

 Musique de l'Air (document INA)

Chef de Musique : Commandant Jean Gallet

Tambour-Major : Robert Goute

(au Saxhorn-Basse Marcel Poirrier)

 
En 1962, Robert Goute publie le "Manuel du Tambour-Major ", premier ouvrage didactique du genre, fruit de l'expérience acquise par son auteur, indispensable outil que saluera toute la profession de musiciens militaires.
La dernière édition (3ème) de l'ouvrage date de 1988.

Recueil pour Tambours (1948). Collection Jean-Louis Couturier

Paris 1972  Cité de l'air : avec Arthur Nelson (USA) et Henri Fouraux.

Robert Goute a marqué profondément tous ceux qui l'ont approché.
Son sens de la discrétion, de la modestie, du discernement, font de lui un être recherché pour la qualité de son contact et de ses conseils.
À l'écoute des anciens, et attentif en permanence aux discours des jeunes, il a su dispenser une pédagogie exemplaire, accessible à chacun.
Il a assumé son "rôle" de Maître avec une courtoisie et un sens de l'humain qui ne se sont jamais démentis.

Au Canada - Mai 1990.

Robert Goute & Jean-Louis Couturier

(Paris - Hôtel National des Invalides)

Domont : Juillet 2011 (Photographie D. Minois)

L'analyse rigoureuse qu'implique le jeu du tambour n'est sans doute pas anodine dans la manière dont Robert Goute a abordé les différentes facettes de son art. Que se soit à l'instrument, dans son rôle de chef de formation, ou dans sa façon d'évoluer en qualité de tambour-major, l'analyse et l'enseignement sont toujours abordés de façon empirique.
 
L'une des caractéristiques de la personnalité de l'homme se traduit par la volonté constante de communiquer son savoir, qualité qui s'apparente chez lui à un devoir naturel.

 Paris - Cité de l'air - Place Jean Moulin, 19 janvier 2000.

Robert Goute fait Chevalier de l'Ordre national du mérite.

Décoration remise par M. le général d'armée aérienne Jean Rannou,

Chef d'état-major de l'armée de l'air.

Distinctions :

Robert Goute est titulaire de la Médaille militaire ;
Chevalier de l'Ordre national du mérite ;
Chevalier de l'Ordre des arts et des lettres ;
Médaille d'or de la jeunesse et des sports ;
Médaille d'or de l'étoile civique.

Robert GOUTE (1919-2014)

Adjudant-chef, tambour-major de la Musique de l'air.

Hommage à Robert GOUTE

Article paru dans la Revue Historique de la Défense. Numéro 279 - 2ème trimestre 2015.

Adjudant-chef Robert Goute (collection Jean-Louis Couturier)

Musique de l'air : Marches & refrains de l'Empire. Direction Robert Goute

Batterie-Fanfare de l'air - direction Robert Goute.